Stéphane URBAJTEL

Pour les visites guidées, il ne reste plus que la solution.... virtuelle: sur le site internet www.moulin-de-fleurac.com, la roue à aubes tourne toujours et la pile à maillets continue de grincer. Sur place en revanche, en dehors du grouillement continu de la Charente, c'est le calme plat. Les portes du moulin sont closes. Et elles le resteront jusqu'à nouvel ordre.

Lundi prochain, l'association «Les amis du moulin», gestionnaire, animateur et locataire du site depuis vingt ans, remet les clefs à son propriétaire, le conseil général.

Concrètement, ça veut dire que, de toute évidence, il n'y aura aucune activité touristique à Fleurac cet été, puisque, à ce jour, personne n'a été désigné pour faire vivre les lieux (1).

Comment en est-on arrivé là ? Deux points de vue radicalement opposés s'affrontent: il y a d'abord la position des «amis du Moulin» pour qui le responsable de tous les maux, c'est le conseil général: «Il nous pousse dehors», peste Pascale Ferron, la présidente de l'association. A ses yeux, le Département «fait preuve depuis longtemps de mauvaise volonté et a tout fait pour nous mettre des bâtons dans les roues».

Dans un long courrier envoyé à la collectivité fin février, le gestionnaire de Fleurac parle de «la dégradation des installations, de manque de moyens et de mauvaises conditions financières d'occupation». Les points noirs sont minutieusement listés: «La roue à aubes, un des principaux atouts du moulin, a été arrêtée pour réparation en 2006 (...), les toilettes du public dégradées n'ont pas été réparées». Autant d'anomalies qui devraient être prises en charge par le propriétaire selon l'association. Les Amis du Moulin dénoncent aussi «un loyer exorbitant»: 30.000 euros par an. «Un montant supérieur au chiffre d'affaire de la structure». L'association d'ailleurs ne paie plus ledit loyer mais conteste la dette (2): «Nous ne pensons pas que les clubs de natation ou de football financent la piscine ou louent les terrains sur lesquels ils jouent le week-end», écrivent les responsables de la structure. Estimant que cette situation a trop duré, «Les amis du moulin» ont donc annoncé au conseil général leur volonté de «mettre leur association en sommeil» et de leur «remettre les clefs du site touristique».

Qui veut acheter le moulin ?

Il n'en fallait pas plus au Département pour trouver là une occasion de régler une situation qui traîne depuis des années. Et donc de demander à son locataire «de libérer les lieux avant lundi». «L'association n'a plus de raison d'avoir les clefs puisqu'elle ne souhaite plus fonctionner», argumente Franck Bonnet, vice-président de la collectivité. L'élu trouve quand même un peu fort de café que son locataire le montre du doigt: «ça fait des années qu'on tourne en rond, assène-t-il. Des années que le moulin est hyperdéficitaire. Et qui paie ? c'est nous». Une charge dont la collectivité s'acquitte «alors que le tourisme ne fait pas partie de nos prérogatives», insiste l'élu. L'épilogue pourrait aussi dépendre d'une dernière donnée: Y a-t-il un acheteur pour le moulin ? Le conseil général en tout cas, souhaite vendre le site. Il l'a annoncé depuis un an. «La remise des clefs va clarifier les choses et peut déclencher une nouvelle étape», veut croire Franck Bonnet. En clair, inciter des clients potentiels à se faire connaître. Une collectivité ? Un privé ? Rien n'est encore défini. Le seul élément dont on est sûr, c'est que les réservations programmées cet été sont annulées et que les visiteurs intéressés vont se casser le nez sur la porte.

Un mauvais coup de plus pour le tourisme quelque mois après l'annonce de la mise en cale sèche du bateau l'Angoumois, plombé par un déficit chronique.

(1) L'association parle de 8.000 visiteurs par an

(2) L'association affiche un bilan comptable excédentaire mais

ne prend pas en compte la dette