Thierry CORDEBŒUF

Habituée à intervenir dans les écoles, la Cité internationale de la bande dessinée innove à Châteauneuf en initiant les personnes âgées



D'habitude, Lisa Portejoie est entourée d'une ribambelle d'adolescents. L'animatrice de la bibliothèque de la Cité internationale de la bande dessinée d'Angoulême intervient depuis sept ans dans les lycées charentais pour promouvoir la BD, en vue de séduire de nouveaux adeptes. Mais ce lundi-là, la jeune fille est entourée de personnes d'une tout autre génération, la plus jeune frôlant les quatre-vingts printemps.

Avec la complicité de Claudie Joubert, l'animatrice de l'hôpital local de Châteauneuf, les résidents de cette petite maison de retraite et du service «long séjour» voisin participent au tout premier atelier itinérant de la CIBDI, pour le prix d'un abonnement de groupe à la bibliothèque. A chaque fois, ils sont une bonne vingtaine, la plupart en fauteuil roulant, à rejoindre le restaurant de l'hôpital pour suivre les séances de Lise Portejoie.



Pour la sixième fois, la jeune fille débarque avec sa grosse valise blanche débordante de BD. La spécialiste veille à prendre quelques classiques qui feront forcément «tilt» dans une assemblée où la moyenne d'âge frôle le siècle. Bécassine, Félix le Chat, Little Nemo, s'arrachent comme des petits pains, tout comme les Pieds Nickelés, «qui marchent du tonnerre».



Dans la malle se sont également nichés quelques volumes de «Blagues coquines», «une série très demandée», sourit l'animatrice. «On peut apprendre et découvrir à tout âge. On se rend compte que, finalement, ils connaissent pas mal de BD, et notamment les illustrés de leur jeunesse.» Un vaillant papy se souvient que sa première BD, c'était «Le journal de Mickey», bien avant guerre. Pourtant, la célèbre souris, qui vient de souffler ses quatre-vingts bougies, est bien plus jeune que lui...



La première BD a mille ans !



Ce jour-là, Lisa Portejoie ne se contente pas d'ouvrir sa valise blanche. Elle a préparé une véritable conférence sur l'histoire de la bande dessinée. Le premier épisode concerne les années trente, que la plupart des résidents ont bien connues. Pour illustrer son propos, l'animatrice a apporté des exemplaires précieux de «L'Epatant», de «La semaine de Suzette» et autre vieillerie de papier qui provoquent des remous dans la salle. Raviver la mémoire, c'est un des intérêts de l'opération BD.



Contente de ses effets et de l'attention de son auditoire, Lisa Portejoie remonte encore plus loin pour dévoiler la première bande dessinée de tous les temps: la tapisserie de Bayeux ! Ce chef-d'œuvre tissé il y a mille ans compte plus de six cents personnages. «Bayeux, ça me rappelle quelque chose», s'interroge une mamie, en scrutant l'écran. Et puis le déclic, soudain, traduit par un grand sourire.

«Nous avons envie d'ouvrir l'établissement sur l'extérieur, de sortir des animations classiques», résume Claudie Joubert, qui observe «ses» résidents pendant toute la séance, soulagée de voir les visages s'animer à l'évocation de Zig et Puce, Bibi Fricotin ou autre héros des temps passés.



Mais dans sa malle à BD, la jeune Angoumoisine a pris soin de glisser quelques nouveautés que les plus de 80 ans ne connaissent pas forcément. L'actualité croquée par Maester dans «France terre d'asiles», par exemple, ou «Paroles de poilus», un ensemble poignant de lettres illustrées par des dessinateurs.

Si la BD vient à l'hôpital de Châteauneuf, cela n'empêchera pas l'inverse. Claudie Joubert a déjà pris une option pour une visite du nouveau musée qui doit ouvrir en juin à Angoulême. D'ici là, les pensionnaires de l'établissement seront devenus incollables.