Vieux lion blessé et enragé par sa condamnation, Charles Pasqua avait mis en scène une conférence de presse qui devait faire tout exploser. On nous promettait un grand déballage. On s'est vite rendu compte que la tragédie se transformait en pantalonnade. On attendait Gérard Philipe dans Ruy Blas, on a vite eu Fernandel dans Don Camillo. Il avait laissé entendre qu'il avait de quoi faire sauter bon nombre de personnages de la République. Hier, il s'est quasiment cantonné à évoquer sa seule affaire: les ventes d'armes illégales à l'Angola et l'embrouillamini autour de la décoration monnayée du désormais célèbre Gaydamak. Et là dessus - mais uniquement là-dessus - on a eu droit au grand jeu d'un Pasqua blanc comme neige. Victime d'une justice à charge et tout particulièrement d'un juge obsédé à l'idée de se faire du politique. Victime aussi de «ceux qui ont manqué à leur devoir» et Pasqua de citer Jacques Chirac, Dominique de Villepin mais encore Hervé de Charette ou Charles Millon qui tous avaient connaissance dès 95 du commerce d'armes vers l'Angola. Commerce qui, dès lors, ne peut être qualifié d'«illégal». CQFD. Quant à Gaydamak, s'il a été décoré, c'est parce que cet agent secret a réussi avec la complicité des Russes à exfiltrer deux pilotes français tombés au Kosovo aux mains des Serbes ! Et le million qui lui a été remis ? Pasqua enfonce le clou: des fonds de l'Elysée remis dans une mallette par Villepin lui-même. Et la Justice là-dedans ? Pasqua annonce, pièce en main, que le juge d'instruction a menti au tribunal en assurant qu'il n'avait pas reçu la note de la DGSE qui pourtant faisait foi de toute cette affaire... Si ces «révélations» ont de quoi sacrément perturber le Français moyen à qui on n'a cessé de jurer que la France ne versait pas de rançon pour ses otages ou encore qu'elle n'avait jamais livré officiellement d'armes à l'Angola, si tout ça sent mauvais les bas-fonds de la Ve, on est bien loin du grand déballage qui devait faire tomber de leur piédestal un bon paquet de responsables politiques. En dehors de Villepin, ceux qui sont mis en cause à commencer par Jacques Chirac sont en effet aujourd'hui retraités... Pour autant, ce serait mal connaître le personnage que de penser qu'il n'agit que par dépit ou que cette charge ne sert qu'à embrouiller les esprits des douze parlementaires et des trois juges de la cour de la République qui l'attendent au printemps prochain dans un autre dossier. Hier Pasqua a juste levé une partie de ses cartes en laissant entendre lourdement qu'il avait bien d'autres atouts dans sa manche. Et on peut le croire, lui qui depuis qu'il a dirigé le SAC doit avoir tant de fiches sur les secrets de la République qu'en comparaison, les fameux carnets du général Rondeau font figure de Post-it.