Contraception: la rectrice réplique sec à Royal
Par reaction, Samedi 14 novembre 2009 à 09:20 :: Les faits du jour :: #4076 :: rss
Stéphane URBAJTEL
Entre Ségolène Royal et Luc Chatel, Béatrice Cormier est prise entre deux feux. Depuis hier, la rectrice de l'académie de Poitiers est, malgré elle, au cœur d'un sujet d'actualité... et d'une polémique. Alors que Ségolène Royal a très officiellement lancé son chèque contraception (lire encadré), la représentante de l'Éducation nationale dans l'académie semble quasiment invitée à prendre parti: elle qui dialogue avec la présidente de la Région sur le dispositif depuis des semaines doit aussi (et même surtout) prendre en compte la position du ministre de l'Éducation nationale, son autorité de tutelle.
Pour Luc Chatel en effet, le chèque contraception ne relève pas des compétences des infirmières des lycées. Béatrice Cormier était justement de passage à Angoulême, hier. Elle livre son point de vue sur ce débat, sur un ton peu coutumier d'un fonctionnaire d'État.
À gauche, la position de Ségolène Royal. À droite, celle de Luc Chatel. Mais vous, finalement, que pensez-vous de la mesure?
Béatrice Cormier. Je le dis très clairement, l'idée de Ségolène Royal est une bonne idée. La rectrice que je suis est évidemment d'accord pour qu'il y ait une prise en compte du problème que constitue l'éducation à la sexualité. La contraception, c'est une question essentielle mais ce n'est pas la seule: l'utilisation du préservatif et plus généralement le problème du Sida sont aussi, de la même façon, des thèmes très importants. Le souci n'est pas l'idée mais les conditions de sa mise en place et les conditions de la distribution des kits contraception. En l'état actuel des choses, c'est clair, on ne peut pas les distribuer. Ce débat, on a voulu depuis 48 heures en faire un sujet polémique, une question idéologique. C'est plus simplement une question juridique. Au sein des établissements, il y a des règles lorsqu'un dossier comme celui-là est proposé: il doit être présenté aux conseils d'administration et être discuté au sein des comités d'éducation à la santé et la citoyenneté. Pourquoi cette obligation? Sans entrer dans les détails techniques, il faut savoir que remettre des chèques contraception aux infirmières, ça revient à leur donner de l'argent. Les infirmières sont des fonctionnaires d'État, on ne peut pas le faire comme cela, sans un cadre légal.
Au-delà de l'aspect juridique, en quoi est-il gênant que les infirmières des lycées soient responsables de la distribution des chèques contraception?
B. C. Il y a en premier lieu la question de l'autorité parentale qu'on ne peut pas bafouer. Dans les lycées, on a, dans la majeure partie des cas, des mineures face à nous. Légalement, on ne peut pas prescrire à ces jeunes femmes un kit contraception sans en parler aux parents. Seul le Planning familial a l'autorité pour faire cela.
Pourtant, à l'initiative de Ségolène Royal, la pilule du lendemain est arrivée au lycée. Les infirmières scolaires ont été habilitées à la prescrire. En quoi le problème est-il différent aujourd'hui?
B. C. D'abord, ne confondons pas: les infirmières des lycées ne distribuent pas n'importe comment les pilules du lendemain: elles ont la possibilité de les proposer. Les textes sont très clairs: ces pilules sont délivrées dans les cas d'extrême urgence et de détresse caractérisée. Cette pilule ne peut pas se substituer à une contraception régulière, responsable et personnalisée. Dans le cas de ce kit contraception, on n'en est pas encore là : on n'a pas légiféré sur cette question. Et ça, Madame Royal qui a été ministre le sait bien.
L'un des arguments des infirmières scolaires des secteurs ruraux favorables au dispositif Royal, c'est de dire qu'en cas de détresse, elles sont souvent les seules interlocutrices des jeunes filles. Parce que le Planning familial n'existe pas dans les coins isolés...
B. C. C'est une vraie question. Il faut effectivement mettre ce sujet sur la table, en débattre. L'infirmière scolaire a un rôle de proximité essentiel: elle peut et elle doit accompagner les jeunes filles. Et leur proposer des solutions pour se mettre en lien, malgré la distance, avec d'autres professionnels qui pourront les aider. À nous de suggérer des solutions pour qu'elles puissent le faire.
Dans ses interviews aux radios et aux télés, hier, Ségolène Royal a martelé que vous ne pouvez pas être insensible au sujet parce que vous êtes une femme...
B. C. Regardez-moi bien: oui, bien sûr, je suis une femme. Et je suis une mère. Mais la rectrice que je suis est aussi le garant de la légalité des actes. Et là , en l'occurrence, je le répète, un problème juridique se pose. Et la question de savoir si je suis une femme n'a rien à voir. Je ne suis pas une ringarde. Avant d'être rectrice, j'ai été enseignante dans un lycée professionnel du fin fond de la Meuse. Des filles de 15 ou 16 ans enceintes, j'en ai déjà eu en face de moi. J'ai connu ces situations.
Des chefs d'établissement, interrogés hier, ont laissé entendre qu'ils pourraient quand même distribuer les kits contraception malgré votre interdiction...
B. C. Faire cela, ce serait désobéir et ils devraient en assumer les conséquences. Les chefs d'établissement sont des fonctionnaires d'État. Je les invite à être responsables.


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