«C'est bête...C'est stupide !» Habillé pour l'hiver Luc Chatel par une Ségolène Royal qui hier sur RTL a vertement fait savoir qu'elle n'avait pas l'intention de reculer face à l'opposition du ministre de l'Education nationale sur l'envoi de chèques-contraception dans les lycées de Poitou-Charentes. En pointe depuis des années sur ce problème et donc sur celui de la prévention des grossesses précoces non désirées - c'est elle qui lorsqu'elle était secrétaire d'Etat à l'Education nationale avait fait entrer la pilule du lendemain dans les infirmeries des lycée - Ségolène Royal est parfaitement autorisée à s'interroger sur les (mauvaises) raisons qui ont poussé le ministre à apposer son veto. Les arguties morales ou les pseudo raisons juridiques avancées par Luc Chatel ne tiennent guère en effet face aux chiffres. Six mille grossesses précoces en France l'année passée mais surtout un accroissement du nombre d'IVG chez les jeunes filles de 15 à 17 ans qui, selon les dernières données serait passé de 10.722 en 2002 à 13.230 en 2006: pas de quoi se satisfaire de la situation. En choisissant de prévenir plutôt que de «guérir» les détresses, Ségolène Royal a le courage d'affronter les réalités en face. Alors que la démarche de la présidente de Poitou-Charentes devrait être regardée au minimum comme une expérimentation devant être encouragée, alors que cet engagement est exemplaire, voilà que le ministre lui met des bâtons dans les roues. Alors qu'au bout de trois ans de débats et l'accord des différents partenaires, dont le Planning familial, cette initiative a été votée à l'unanimité des conseillers régionaux, droite et gauche, le veto de Chatel peut la rendre inapplicable. Les infirmières scolaires oseront-elles en effet défier le ministre de l'Education, son employeur, en fournissant le «pass contraception»? Ségolène Royal, qui a remis le premier à l'une d'entre elles hier à Poitiers est convaincue qu'elles «feront au mieux parce que c'est leur métier, leurs convictions». Une forme de résistance à la «bêtise» commise par leur ministre ? En tout cas si Luc Chatel avait voulu donner un coup de projecteur sur Ségolène Royal au moment même où ses amis politiques dénoncent de la part de celle-ci une opération de communication doublée d'un coup d'œil appuyé à l'électorat féminin à la veille des Régionales, il n'aurait pu mieux faire. Ségolène Royal a décidément fait un bon coup: non seulement en effet le carton jaune que brandit Chatel apparaît injustifié et donc «bête», mais en terme de communication - un domaine dans lequel pourtant on le croyait imbattable - il s'avère contre-productif, donc «stupide».