Stéphane URBAJTEL

Sus aux torgnoles! La députée parisienne Edwige Antier (UMP) a déposé cette semaine une proposition de loi à l'Assemblée nationale préconisant, ni plus ni moins, de rendre la fessée hors la loi. Cette ancienne pédiatre passée à la politique l'assure au regard de son expérience professionnelle: «Plus on lève la main sur un enfant, plus il devient agressif.»

Mauvaise blague, prétexte pour faire un nouveau buzz politique ou sujet sérieux? Les députés charentais (tous socialistes), qui pourraient avoir à donner leur position sur le sujet s'il était retenu par les parlementaires, naviguent entre surprise, agacement et ricanement. «On a suffisamment de sujets sérieux à traiter pour ne pas s'appesantir sur ça, répond spontanément Jean-Claude Viollet. Je trouve surtout qu'il y a une incohérence à défendre cette position quand on est député UMP alors que, par ailleurs, la majorité supprime le Défenseur des enfants.»

«S'il s'agit d'agir contre les maltraitances, cela mérite qu'on s'y intéresse, poursuit Martine Pinville. Mais légiférer sur la fessée, franchement, c'est n'importe quoi.»

«Ridicule, juge de son côté, Marie-Line Reynaud. Cette idée ressemble surtout à un nouveau contre-feu allumé à l'heure où la droite est en difficulté.» «J'ai vraiment d'autres préoccupations en ce moment, s'énerve enfin Jérôme Lambert. Je quitte Bruxelles pour partir à Stockholm, à une rencontre sur le climat. Alors, la fessée...»

Les professionnels de santé et les éducateurs en relation quotidienne avec les enfants sont moins sévères sur le débat qui s'est instauré. «C'est une évidence: punir physiquement un enfant n'a jamais rien réglé», estime le docteur Saholy Schoreisz, pédiatre à L'Isle-d'Espagnac, défenseur «du dialogue et de la punition sans châtiment corporel». Ce médecin voit là «une occasion de parler des problématiques d'éducation». «On ne s'intéresse jamais assez aux enfants.»

Plutôt l'idée

d'«écoles des parents»

«Au lieu de légiférer, je suis plutôt favorable à une réflexion sur la parentalité, ajoute le docteur Nicole Pénard, médecin-chef psychiatre au centre Mikado de La Couronne, l'unité spécialisée dans la psychiatrie infanto-juvénile. La mise en place d'"écoles des parents" est une idée à favoriser.» «Eduquer les parents» confrontés à une situation conflictuelle pour qu'ils trouvent d'autres moyens que la volée afin d'y remédier.

«On parle ici de légiférer sur les violences physiques, mais je constate dans mon travail que, bien souvent, les souffrances psychologiques dont sont victimes les enfants sont infiniment plus graves», soutient, pour sa part, Brigitte Blanc, médecin à la Protection maternelle infantile (PMI) qui rencontre des familles à Angoulême, dans ses environs mais aussi dans le Nord-Charente.

«C'est une question très sérieuse», estime Jean-Marie Boutinot, qui fut instituteur en Charente pendant près de quarante ans. Lui qui a passé une bonne partie de sa carrière à l'école Freinet de Soyaux se dit «contre toutes les violences».

Le vieil instituteur

déplore les torgnoles

Et pourtant, il l'admet avec un peu de honte, il a délivré un bon nombre de torgnoles au cours sa carrière. «Aujourd'hui, je le regrette et ne cesse de m'interroger sur ce qui m'a poussé à le faire. C'était une époque où régnait un climat de compétition dans les écoles. Il fallait que nos enfants réussissent et pour y parvenir, on n'hésitait pas à utiliser tous les moyens. Et comme on pouvait compter sur l'aveuglement de l'Education nationale...» La calotte était pourtant interdite, se souvient-il, mais les instits avaient la main leste. Presque par tradition.

«Je ne crois pas avoir jamais donné de fessées à mes deux filles», jure le député Jean-Claude Viollet. Si d'aventure la proposition d'Edwige Antier était retenue et validée par le Palais Bourbon, lui ne serait pas hors la loi. Les deux députées de Charente, en revanche, pourraient, être châtiées. «Je l'avoue, j'en ai déjà mis une à mon fils. Mais juste une petite», minimise Marie-Line Reynaud. «J'ai mis quelques fessées à mes enfants je l'avoue, lâche Martine Pinville dans un grand éclat de rire. Mais parfois, ça fait tellement de bien...»