Une nation, c'est comme une famille. On doit en permanence parler entre nous. Je suis un Français comme les autres. Il se trouve que, pour cinq ans j'ai été élu Président de la République. Mon devoir, c'est de vous parler». Comme en d'autre temps, Giscard d'Estaing s'invitait à la table des Français, Nicolas Sarkozy a choisi hier soir la «maison» TF1 pour débattre avec onze Français venus lui exposer leurs cahiers de doléance personnels. Dans un décor minimaliste - douze chaises en cercle autour de cinq petites tables rondes - le journaliste Jean-Pierre Pernaut, seul debout, maîtrise sobrement le déroulé de l'émission afin d'éviter tout débordement horaire ou verbal. Le panel «black blanc beur» choisi avait déjà été filmé dans des journaux de TF1, souvent à l'occasion de mouvements revendicatifs. Comme Sophie, la productrice de lait «dans la cata», obligée d'emprunter pour nourrir sa famille, Nathalie, 26 ans, Bac +5 au chômage, Martine, infirmière depuis 20 ans aux urgences où elle est «insultée par les patients» et, faute de moyens, «soigne dans les couloirs derrière des paravents». Ou encore Samir, enseignant depuis 6 ans dans un lycée professionnel et suspendu chaque année au renouvellement de son contrat, Marguerite, une comptable dont le mari cinquantenaire est au chômage depuis cinq ans, Pierre syndicaliste et employé chez un sous-traitant de Renault très remonté contre les aides aux constructeurs qui «n'ont pas servi l'emploi», et Rex, un infographiste banlieusard s'interrogeant sur la concrétisation du «plan Marshall» pour les quartiers défavorisés au-delà du renforcement de la sécurité.

35 h «catastrophiques»

Tous ont des noms, mais Nicolas Sarkozy leur répond le plus souvent par leurs prénoms imposant une forme de complicité de bon aloi. Sûr de lui, comme toujours, il s'est même payé le luxe de s'associer au choeur des pleureuses. La crise du lait , «un vrai scandale !», du même niveau que celui «de l'emploi des seniors». La sous-traitance à l'étranger par Renault ? «Extravagante». Les banques qui rechignent à prêter au P.M.E. ? «De quoi être désespéré».

La faute à qui ? La crise, bien sûr, mais aussi l'héritage des socialistes visés par une série de rafales contre «le choix catastrophique des 35 heures au détriment des salaires et de la croissance».

Et contrairement à Lionel Jospin se déclarant impuissant face à la crise chez Renault-Vilvoorde en 1997, Sarkozy «sent la colère» du syndicaliste et assène: «On ne peut pas me reprocher de ne pas me battre. Jamais je ne renoncerais». Pour preuve, il a promis de téléphoner personnellement au patron de Bernadette, une employée de la grande distribution à qui l'on refuse de faire des heures supplémentaires. Pied à pied, Nicolas Sarkozy a défendu ses réformes «indispensables» et prédit une embellie avec «le chômage qui va commencer dès cette année à reculer».

Sans fiches, mais visiblement très préparé, Sarkozy a passé sans peine son oral de rattrapage après une série de revers et de couacs dans sa majorité. Ce que l'on a en revanche peine à croire, c'est que l'exercice n'ait rien à voir avec les prochaines élections régionales. Juste avant lors du journal de Laurence Ferrari, Nicolas Sarkozy avait affirmé: «Le rôle du Président n'est pas de faire campagne pour les élections dans les régions». La seconde partie de soirée prouvait plutôt l'inverse.



Onze Français, six hommes et cinq femmes, ont partagé avec le président de la République leurs préoccupations. Ambiance empathique. Photo AFP