J'irai jouer mon rock chez vous
Par reaction, Mercredi 21 juillet 2010 à 13:18 :: Guide :: #6749 :: rss
Un concert à la maison, chez les fans, c'est un peu à l'apéro, un peu entre les merguez, beaucoup après. Et toujours convivial. Photo Pierre Duffour
Jean-François BARRÉ
jf.barre@charentelibre.fr
Ca s'est fini sur le coup d'une heure du matin, à la guitare acoustique, dans le noir, au bord de la piscine. Amélie a joué de la guitare. Elle a versé sa petite larme. «Je crois que je m'en souviendrai toute ma vie».
Amélie va bientôt avoir 25 ans. Comme son compagnon, Thomas, elle est tombée raide dingue de Sammy Decoster, de sa voix de crooner bluesy, de sa dégaine de macadam cow-boy et de sa belle gueule de voyageur.
Amélie, pour ses vingt-cinq ans, est la plus heureuse des enfants. Sammy est venu jouer chez elle. Concert privé à la maison, avec la famille, les potes, les grands-parents et les tantes. Pour la circonstance, «parce que ce n'était pas possible dans notre petit jardin de Ruelle», explique Thomas, c'est la maison de ses parents qui a été réquisitionnée, à Arthenac, juste de l'autre côté de la frontière, en lisière d'Archiac.
Sammy Decoster a appuyé sa Gretch sur les bottes de paille où il a aligné ses amplis Fender. Mathieu Denis, son complice, a couché dans l'herbe le vernis usé de la contrebasse rescapée de l'occupation allemande. Un gobelet de cognac pétillant de raison à la main, ils se marrent avec les moutons du grand-père, derrière les souchots de vigne qui annoncent la grillade.
C'est la tournée barbecue. Le blues rauque et le rock brut à domicile, à la campagne. Un concert à la maison, chez les fans. Le cachet des musiciens, c'est le gîte et le couvert. Et à l'accessoire, un chapeau. «On donne ce qu'on veut. Ou on donne pas. Mais, en lançant l'idée, l'année dernière, on s'est rendu compte que l'on rentrait dans nos frais», lâche l'artiste. Que ça payait l'essence du Kangoo et de temps en temps les bières. Que ça valait le coup de retrouver l'esprit qui anime le guitariste. «C'est l'idée de la musique que j'ai. L'image des bluesmen sur la route».
Le chapeau fatigué sur le crâne, les boots aux pieds, la gratte sur le dos, la dégaine à longer, solitaire, une voie ferrée désertée du Tennessee, il a signé chez Barclay pour un premier album prometteur sorti en 2009. Ça ne lui a pas pollué l'ego. «La musique, c'est aussi ça. manger, boire, dormir. Je n'ai pas d'ambition d'artiste. Je n'exclus pas de faire autre chose dans quelques années. Je serai peut-être fermier».
Le grand-père
sur la chaise
L'homme a le goût du brut. A la, scène comme à la vie. «L'esprit de convivialité. Replacer notre musique à sa place. Au milieu des gens».
C'est comme ça qu'en juin 2009, avec Mathieu, après la tournée de promo de l'album, ils ont choisi de partir avec la bagnole sur les routes, à la rencontre du public. Une proposition sur son MySpace. Les demandes ont suivi. Cette année, ils ont remis le couvert pour dix jours. Un BBQ Tour qui les a menés dans le sud, à Niort, en Bretagne, qui s'achèvera cette semaine chez des potes du côté de Lille, sur la terre chti de Sammy.
«Ça nous est venu tout simplement», se souvient Mathieu le bassiste. «Peut-être parce qu'on a vu 'j'irai dormir à Hollywood'. Mais on avait déjà l'idée.»
Sammy ne regrette pas. «C'est un truc direct qui nous plaît. On a fait les soixante ans de la mère d'une fille qui avait aimé le disque. On s'est retrouvé avec le grand-père qui dansait sur les chaises». De rares moments de vraie fête. À Arthenac, ils ont réuni quatre générations. «On rentre dans l'intimité des familles. On garde le contact. c'est une expérience humaine extraordinaire. L'échange, la simplicité. C'est très riche. C'est une expérience plus forte que la scène, que les concerts». Si forte que Sammy l'avoue. «J'aurais bien aimé le faire. Quand j'étais plus jeune, j'avais un fantasme. Être invité dans les fêtes des gens que je ne connais pas». Il rigole. «Mais je suis pas sûr qu'Elvis soit venu à mon barbecue».
Il y a surtout «l'envie de jouer pour les gens». Tout simplement. «C'est comme ma musique. Simple et brute. Il n'y a pas de contraintes techniques, on ne répète pas».
Le concert improvisé, c'est à l'arrache, au feeling. Un peu à l'apéro, un peu entre les merguez, beaucoup après. «On fait de la musique qui nous ressemble. C'est une fête de potes. Surtout pas un concert». Sammy et Mathieu s'éclatent quand leurs hôtes viennent taper le boeuf. Quand au bord de la piscine, le cousin Étienne s'installe à la batterie, quand Amélie plaque quelques accords, le regard humide. «Quand il sera devenu inaccessible, on pourra dire qu'on les a eus chez nous». Un blanc et puis un grand sourire. «En fait, ils ne seront jamais inaccessibles».
«J'ai vu le clip sur W9. Il n'a dû passer qu'une fois. Je me suis dit, c'est pas mal. Depuis, Sammy est dans notre vie». Chez Thomas, commercial dans les fruits et légumes, et Amélie, autoentrepreneuse dans les fruits et légumes pour livrer les comités d'entreprises et les particuliers, Tucumcari, le CD de Sammy Decoster tourne en boucle. «A la maison, dans la voiture, quatre à cinq fois par jour», reconnaît Thomas. Ils l'ont raté à La Nef en 2008, sont allés le voir à Limoges, à Châteaubriand, près de Nantes. Ils ont fait connaissance à la fin du concert.
Depuis, ils se félicitent que le gars du Nord ait laissé tomber son master de géographie pour faire l'artiste.
Chez lui, ils aiment «tout. Sa musique nous parle. Il a vraiment une identité musicale, un truc à lui».
Un truc puisé aux racines du blues américain et à l'oeuvre du grand Elvis. Un type nourri aux mélodies «de Françoise Hardy dans les années 60. J'écoute beaucopup de country, de vieux blues.» Il avoue aussi une certaine tendresse pour les Platters ou Eiric Satie. Et joue un rock d'écorché vif, arrache des plaines insensées à sa demi-caisse et noie son désespoir dans les accords plaintifs du sud profond.
Sur scène, Sammy Decoster et ses potes commencent à se tailler un joli succès, alimenté par le bouche à oreille. Ils sont en train de bosser sur le second album. Sammy et Mathieu en ont dévoilé quelques bribes à Arthenac, l'autre soir. Amélie est déjà fan...
Un rock d'écorché vif et les accords plaintifs du sud


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