Patrick SERVANT





p.servant@charentelibre.fr



Je crois qu'aujourd'hui, tout le monde en a marre de cette entreprise. On peut s'organiser pour faire ceci ou cela, évidemment, mais ce que les gens veulent, c'est partir la tête haute. Avec des indemnités qui soient de véritables indemnités.» L'homme qui parle n'avait rien dit durant la réunion. C'est à l'heure du choix de la stratégie qu'il est monté au créneau pour se faire le porte-parole d'un sentiment visiblement bien partagé. Les 300 euros d'indemnité et la petite aide «navette» entre Angoulême et Ruffec durant deux mois proposés par Bernard Moreau ne conviennent pas. «Il n'y a pas le compte, s'énerve l'un des Compobat. Surtout venant d'un monsieur qui veut monter un circuit automobile en Charente à coup de millions.»

Hier, les salariés de Compobat, réunis dans l'ancien tribunal d'instance de Ruffec autour de Michel Verneuil, le président de l'association Léon 16, se sont rebiffés. L'entreprise, vouée à la fermeture par la direction du groupe Bernard Moreau (CL d'hier), doit cesser son activité le 30 septembre prochain, avec quelques prolongations jusqu'à la fin de l'année pour assurer la pose des dernières fenêtres ou portes en béton, spécialité de la PME ruffécoise.



«On a toujours été

dans le flou»



Lettre recommandée en main - arrivée hier -, le personnel a fait le point avec Michel Verneuil. «Dans cette lettre, censée nous proposer un reclassement dans les autres unités du groupe, en Charente ou en Gironde, détaille un salarié, on nous demande ce que l'on veut faire. Si on accepterait des temps partiels, des CDD, des postes inférieurs à ceux qu'on a aujourd'hui. Impensable...»

Faute d'avoir des éléments chiffrés sur la situation exacte de l'entreprise - «On ne nous a jamais donné de chiffres sur Compobat. On a toujours été dans le flou», confirme un cadre -, les salariés vont aller les chercher aujourd'hui même au tribunal de commerce à Angoulême. Ils ont rendez-vous avec Jacky Bouchaud, le président de l'institution, en milieu d'après-midi.

En attendant, ils ont la ferme intention de ne pas répondre au courrier recommandé envoyé par Bernard Moreau. Même s'ils savent que l'avenir de l'usine est très hypothéqué. «Il n'y a plus de travail, plus de commandes», confirme un cadre. Difficile, dès lors, d'entrevoir une reprise de l'activité par les salariés comme le suggérait le trésorier de Léon 16. «Est-ce que c'est pas voulu et calculé tout ça?», s'est emporté un salarié, révélant qu'aucun investissement n'avait été consenti dans l'entreprise depuis la reprise par Bernard Moreau en 2005. «Pourtant, le concept est bon, il y a un marché pour nos produits», assure ce cadre.

Ce vendredi soir, Compobat ferme ses portes. Pour trois semaines. Comme tous les ans pour les vacances.



Hier à Ruffec, les salariés de Compobat ont fait le point avec Michel Verneuil, président de Léon 16. Photo Phil Messelet