Ivan DRAPEAU





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Les commissaires aux comptes des papeteries de la Veuze (Magnac-sur-Touvre) et de Saint-Michel n'ont pas approuvé le dernier exercice comptable des deux entreprises que dirige Alain Dubois. Ils ont saisi le tribunal de commerce et déclenché la procédure d'alerte qui traduit «une menace sur la continuité de l'exploitation». Le comité d'entreprise de l'usine de Saint-Michel a fait de même. Le groupe affiche plusieurs millions d'euros de perte.



Jacques Millon, le préfet de Charente, s'est saisi du dossier. Il organisait hier la troisième réunion des services sur le sujet. Une autre est programmée lundi matin. Par ailleurs, le président du tribunal de commerce, Jacky Bouchaud, le patron de l'entreprise, Alain Dubois, et les représentants du personnel devaient et doivent se rencontrer d'hier à demain à divers degrés, y compris à travers un comité d'entreprise exceptionnel à Saint-Michel. Cent quatre-vingts emplois sont en jeu, pour moitié à Magnac, pour moitié à Saint-Michel.



La situation est critique pour l'unité de Magnac-sur-Touvre, le site historique de la famille Dubois - il a été créé en 1828! L'entreprise avait été mise en redressement judiciaire en octobre 2005. Elle a bénéficié six mois plus tard d'un plan de continuation dont elle n'est toujours pas sortie. Les dettes se sont accumulées. La papeterie de la Veuze est clairement menacée d'être mise en liquidation.



En revanche, l'unité de Saint-Michel a un peu plus de chances de se sauver. Elle est entrée il y a seulement un an dans le groupe d'Alain Dubois. Elle a gardé des liens fonctionnels étroits avec son ancien propriétaire, le groupe Otor, qui continue de racheter à peu près la totalité du papier produit à Saint-Michel. Pour l'une comme pour l'autre, les semaines, voire les jours à venir seront déterminants.



 

Sept millions pour rien



 



Le pari qui avait été fait en juillet l'an dernier par le Medef-Charente et par le président du tribunal de commerce de l'époque, Jean-François Vieira, est perdu. Ils avaient pesé de tout leur poids pour que l'opportunité de la vente de Saint-Michel soit saisie par Alain Dubois, membre actif du Medef et proche des cercles dirigeants influents.



Le fonds d'investissement américain Carlyle, propriétaire d'Otor, souhaitait se débarrasser de sa papeterie charentaise avant de vendre l'ensemble du groupe (1). Ils ont cédé le site pour l'euro symbolique et versé 7 millions d'euros au repreneur pour lui permettre de recapitaliser l'entreprise. Il faut reconnaître aux acteurs locaux qu'il n'y avait pas d'autres partenaires pour reprendre Saint-Michel. Ou du moins n'en ont-ils pas cherché, pensant qu'en musclant son offre, Alain Dubois s'en sortirait. En vain.



«Les 7 millions n'ont pas servi à relancer Saint-Michel, ils ont épongé pour partie les dettes de Magnac», soupire un représentant du personnel. Le noyé, la Veuze, s'est accroché à un sauveur hypothétique et fragile, Saint-Michel, menaçant de l'emporter par le fond. C'est ce qui est en train de se produire. Alain Dubois aura gagné un sursis d'un an. Mais pas la confiance des cadres et salariés de l'usine de Saint-Michel qui n'apprécient ni son management, ni ses résultats.



 



(1) Carlyle, débarrassé de ses deux papeteries en Charente et dans le Doubs, a vendu son secteur carton (12 usines, 1 500 salariés) à un groupe industriel anglais, DS Smith, début juillet.



 



Alain Dubois aura gagné un sursis d'un an mais pas la confiance des cadres



et salariés de l'usine de Saint-Michel.



Photos archives Phil Messelet