Dominique GARRAUD



d.garraud@charentelibre.fr



Brice Hortefeux, le ministre de l'Intérieur, puis Luc Chatel, le porte-parole du gouvernement le répétaient à l'envi alors que montait la polémique sur la réunion convoquée à l'Élysée sur les «problèmes posés par les comportements de certains gens du voyage et Roms». Cette réunion exceptionnelle, décidée par le chef de l'État au lendemain des violences de Saint-Aignan, ne chercherait en rien à «stigmatiser une communauté». La configuration de ce rendez-vous élyséen nourrissait pourtant le soupçon avec, autour du chef de l'État, François Fillon, les ministres de l'Intérieur, de la Justice, de l'immigration et les patrons de la police et de la gendarmerie. Un véritable «conseil de guerre» sécuritaire à peine atténué par la présence toute symbolique du secrétaire d'Etat au Logement. À la sortie, on a pu voir Brice Hortefeux martial dans son costume de (presque) premier flic de France. Avec la grosse artillerie à la ceinture. Dans les trois mois, la moitié des camps illicites des gens du voyage vont être évacués manu militari. Soit 300 alors qu'une poignée seulement l'avait été depuis le début de l'année. Le fisc va débouler dans ces camps pour contrôler les propriétaires de grosses cylindrées. Une promesse faite... en 2002 par son prédécesseur Place Beauvau, un certain Nicolas Sarkozy qui s'étonnait déjà de voir de telles voitures «dans des campements où tout le monde vit au Smic». Et pour faire bonne mesure, une intensification des expulsions des Roms venant irrégulièrement de Roumanie et de Bulgarie. Une telle batterie de mesures, ne vise en rien à stigmatiser les gens du voyage, nous dira-t-on, mais juste à appliquer la loi républicaine. La politique de «développement des aires d'accueil va se poursuivre», promet d'ailleurs Brice Hortefeux. La ficelle est un peu grosse. Il est désormais clair que les gens du voyage, cibles idéales, sont instrumentalisés par l'Élysée à des fins strictement politiques sur fond de roulement de tambour sécuritaire. Les Manouches, Gitans ou Roms sont certes tenus de respecter la loi. Mais le gouvernement aussi qui n'impose pas aux préfets de prendre le relais, prévu par la loi, des communes pour implanter les aires d'hébergements inexistantes. Enfin, il y a quelque chose de foncièrement malsain à déclencher un plan répressif d'urgence à partir d'un fait-divers isolé qui a mal tourné. La polémique sur l'initiative de Nicolas Sarkozy a jeté un coup de projecteur sur le sort contrasté de la communauté des gens du voyage. La demande de dialogue de leurs associations représentatives avec les autorités de l'État ne doit pas être écartée d'un revers de la main. Cela n'a pas été le choix de l'Élysée et c'est déplorable.