Dominique GARRAUD



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Surprise, surprise ! Au bout de huit heures d'audition par la brigade financière en qualité de témoin dans le cadre de l'affaire Bettencourt, Éric Woerth serait désormais «en dehors de toute polémique», selon son avocat Me Leborgne. Depuis quinze jours, le ministre du Travail affirmait qu'il attendait avec impatience le moment de s'expliquer devant les policiers afin de tourner la page d'un mauvais feuilleton dans lequel il ne serait impliqué que par la calomnie et la volonté d'abattre politiquement le maître d'oeuvre de la réforme des retraites. On ignore exactement la teneur des explications du ministre sur les nombreuses questions posées par les enquêteurs touchant à des conflits d'intérêts, des trafics d'influence ou encore des financements politiques illégaux figurant dans le dossier. Une seule chose est acquise : les policiers ont eu bien des égards pour Éric Woerth entendu dans son bureau ministériel, rue de Grenelle, sans qu'aucune perquisition n'ait été effectuée. Le ministre rejoint ainsi le statut de la milliardaire Liliane Bettencourt, interrogée à son domicile en raison d'un grand âge dont le sémillant Éric Woerth est encore loin. Dominique de Villepin, alors Premier ministre, n'avait pas eu droit à un tel traitement de faveur lorsqu'il avait été placé en garde à vue en 2006 pour être interrogé dans le cadre de l'affaire Clearstream. Pas plus que la comptable Claire Thibout, interrogée lundi dernier pour la neuvième fois dans les locaux de la brigade financière. L'audition d'Éric Woerth confirme la désagréable impression d'une enquête à deux vitesses où certains sont ménagés quand d'autres sont harcelés. Elle est aussi de nature à fournir de l'eau au moulin de magistrats de plus en nombreux fustigeant la manière dont sont gérés les multiples volets judiciaires de l'affaire Bettencourt par le seul procureur de Nanterre Philippe Courroye, qui ne cache pas son amitié pour Nicolas Sarkozy et dont le nom est cité dans les écoutes clandestines versées au dossier. Les demandes de dépaysement de l'affaire ou d'ouverture d'une information judiciaire confiées à un juge d'instruction indépendant de la Chancellerie restent lettres mortes. Ce n'est certainement pas un hasard que le Garde des Sceaux, Michèle Alliot-Marie, ait choisi le jour de cette audition aux petits oignons pour se livrer à une charge indignée contre ceux qui mettent en doute l'indépendance de la justice dans l'affaire Bettencourt. En oubliant qu'elle-même et le Chef de l'État sont déjà sortis largement de la réserve que leurs hautes fonctions leur imposent en soutenant à plusieurs reprises mordicus qu'Éric Woerth n'était en rien justiciable ou coupable dans l'un ou l'autre des volets de l'affaire Bettencourt.