Un mort de plus au Champ-de-Mars
Par reaction, Vendredi 30 juillet 2010 à 08:01 :: Grand Angoulême :: #6840 :: rss
Hier soir, la Casa était encore ouverte. Mais la pizzeria du Champ-de-Mars a sans doute reçu ses derniers clients. Quelques heures plus tôt, la mauvaise nouvelle est tombée: la société BM restauration, qui gère l'établissement, a été placée en liquidation par le tribunal de commerce d'Angoulême.
Jeudi 22 juillet, alors que les juges s'étaient une nouvelle fois penchés sur les mauvais chiffres du restaurant, son patron Eric Barre-Morin avait demandé un sursis de deux mois. Il comptait sur la saison estivale pour redresser son affaire. Le tribunal n'a pas partagé son optimisme et l'a contraint à mettre la clef sous la porte.
Un épilogue prévisible pour ce restaurant qui était en redressement judiciaire depuis novembre dernier. Et une mauvaise nouvelle de plus pour le centre commercial de la Ségécé. Si, trois ans après leur ouverture, les boutiques situées dans la galerie souterraine semblent tenir le choc, c'est l'hécatombe sur l'esplanade, qui va finir par ressembler à un désert. Guy Degrenne, Potiron et Orange ont déjà jeté l'éponge, seulement remplacés par un coiffeur. Mi-Am, le restaurant chinois situé dans le prolongement de la pizzeria, tire lui aussi la langue et pourrait ne pas faire de vieux os.
Des réductions de 30%
Lors de l'ouverture de son restaurant en octobre 2007, Eric Barre-Morin était pourtant très optimiste. Il avait embauché vingt-cinq personnes pour faire tourner l'affaire du midi au soir, sans coupure. Mais petit à petit, il a dû réduire la voilure. En fermant l'après-midi, en réduisant son personnel passé sous la barre des dix. Parallèlement, il a tenté le tout pour le tout en cassant les prix, avec des réductions de 30% certains soirs, pour essayer de garnir sa salle de plus de 400m2 et de 138 couverts. Sans parvenir à redresser la barre, alors que les 17 premiers mois d'exploitation s'étaient soldés par des pertes de 283.000€, pour un chiffre d'affaires de 1,15 million.
Lors du dernier festival de la BD, le restaurateur avait tiré le signal d'alarme sur le manque d'animation de cette place, cause selon lui de tous les maux.
«Je suis un indépendant, j'ai tout mis dans cet établissement. Je suis allé jusqu'au bout de ce qu'on peut faire, mais cela n'a pas suffi, confiait-il à l'époque. Hier, Eric Barre-Morin s'est refusé à tout commentaire sur sa situation. Ni la ville, ni l'association des commerçants de la galerie n'ont rien fait pour attirer du monde sur cette place pour que nous puissions vivre.»
Ça ne peut plus durer
Un constat partagé par l'ensemble des commerçants sur ce parvis pour qui le fiasco du marché de Noël est symptomatique du manque de volonté politique. «Même les rares manifestations avec lesquelles on a fait un carton comme la projection de concerts sur écran géant de Bruno Romier, on nous l'a mis à Bourgines, se plaint Bora In, le gérant du restaurant Mi Am pour qui la fréquentation est catastrophique. La place n'est pas assez fréquentée, un point c'est tout».
Lui aussi a lancé une opération menu à prix coûtant à 5 euros ou encore une ristourne de 30% sans succès. «Ce sont nos habitués qui ont profité de cette opération destinée à faire venir une autre clientèle. Du coup, on a perdu du chiffre d'affaires, reprend Bora In qui est très pessimiste sur l'avenir de son restaurant. Après deux ans et demi, le constat est sans appel. Ça ne décolle pas et nous perdons de l'argent. Si nous tenons, c'est grâce aux bénéfices des autres restaurants du groupe et ça, ça ne peut plus durer».
La Brasserie H semble s'en tirer un peu mieux, sans faire de miracle pour autant. «Le soir, ici, c'est trop calme. On perd un potentiel de 20% de chiffre d'affaires s'il y avait des animations régulières», confie Shuang Lei Zhan, le patron de ce restaurant japonais, qui fait l'essentiel de son chiffre d'affaires le midi. Cette année encore, nous avons réussi à augmenter nos résultats, mais ça, on le doit à une politique d'achat de produit de qualité pour faire la différence».
Car la voie de la raison vient peut-être des consommateurs qui ont toujours le dernier mot. «Peut-être que la ville et les associations de commerçants pourraient faire un effort pour animer cette place, glissent les chalands de la place, mais pour la restauration, ce qui compte c'est ce qu'il y a dans l'assiette et son prix. Or, je suis désolé mais chez Mi Am comme à Casa Pizza le rapport qualité prix n'y est pas du tout. Ceci explique sans doute cela».
Un mort de plus
au Champ-de-Mars
La Casa Pizza
a été placée
en redressement judiciaire.
Les commerces
de la place qui résistent encore
ne pourront pas survivre éternellement
sans animation.
photos Pierre Duffour


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